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08 avril 2008

Boycotter ou ne pas boycotter...

3b8f6ff839b2323be5b91791accc3665.jpgBoycotter ou ne pas boycotter les Jeux Olympiques de Pékin : c'est LA question du moment qui agite le landerneau médiatico-politique.

Sur la forme, il s'agit d'un débat sympathique et honorable depuis nos sociétés démocratiques, mêlant bons sentiments et oeuvre moralisatrice.

Sur le fond, c'est une question qui n'a que peu de sens.

Qui osera prétendre que nous découvrons, aujourd'hui, la situation du Tibet, les opposants emprisonnés, la liberté d'expression menottée (pour reprendre la symbolique utilisée par Reporters Sans Frontières), la liberté d'aller et de venir limitée, la justice chinoise expéditive - ce qui n'est pas signe de bonne justice... n'en déplaise à Madame Royal - et mortifère. Cet inventaire liberticide n'est malheureusement pas exhaustif.

Bref, qui osera prétendre que nous ne connaissions point la réalité de la dictature communiste en Chine lors de l'attribution des JO en 2001 ?

Les Jeux Olympiques ont été confiés à Pékin il y a 7 ans : c'est un fait qui ne peut plus être contesté. Cela peut ou non apparaître normal, détestable, immoral, voire amoral. Mais cela ne peut plus être remis en cause.

Comment pourrions-nous exiger de certains régimes le respect de leurs engagements récents si nous ne respectons pas les nôtres qui ont été effectués de longue date ?

Comment pourrions-nous exiger du CIO ce que plusieurs générations de Secrétaires généraux de l'ONU n'ont pu obtenir ?

Comment pourrions-nous croire en la possibilité d'un "monde meilleur" (pour reprendre le slogan des sportifs français et de la Charte Olympique) si nous renonçons à parler et à échanger avec celles et ceux qui souffrent.

Le boycott c'est le renoncement. Le boycott des JO de Moscou en 1980 n'avait pas empêché la guerre d'Afghanistan de se poursuivre pendant 10 ans.

Le boycott, c'est renoncer à tendre la main à un peuple (et non à un régime totalitaire) qui subit la plus grande dictature du monde... qui est aussi la plus grande dictature communiste du monde. C'est renoncer à exprimer in situ notre volonté de voir progresser les Droits de l'Homme.

Robert Badinter a écrit : "Je crois en l'universalité des Droits de l'Homme". Passons outre le débat sur l'universalité du concept occidental des Droits de l'Homme et admettons ce présupposé. "Je crois en" ne signifie pas "je constate que" : la progression du respect des Libertés Fondamentales ne pourra s'effectuer par des croyances. Elle ne pourra (et l'est déjà si nous regardons avec objectivité l'évolution de la Chine depuis une vingtaine d'années) être réalisée que par l'échange qu'il soit diplomatique, économique, culturel ou sportif.

Autre question à l'ordre du jour médiatique : le boycott de la cérémonie d'ouverture du 8 août. Autre question, même réponse : nous préférons des délégations courageuses qui expriment sur place leur volonté de voir la Démocratie progresser en Chine (mais aussi à Cuba, en Corée du Nord, en Birmanie, en Somalie, en Iran, en Syrie, etc) plutôt que de s'arroger le droit de faire la morale depuis leurs confortables bureaux situés à Londres, Berlin, Paris, Madrid, Rome, Washington...

Poussons le raisonnement jusqu'à l'absurde : pourquoi ne pas boycotter les produits chinois ? Pourquoi ne pas sortir la Chine (qui en est un membre permanent) du Conseil de Sécurité de l'ONU ? Pourquoi ne pas interdire la Chine et toutes les dictatures du monde de siéger à l'ONU ?

La politique c'est le refus de la fatalité. Ce n'est pas se laisser gagner par l'euphorie de croire que bannir c'est convaincre, que rejeter c'est faire adhérer.

Refusons de renoncer pour que le peuple tibétain mais aussi chinois n'ait plus à choisir entre fatalité et résignation.

Choisissons d'affronter les obstacles qui se dressent devant nous.

Commentaires

D'accord avec vous.
Ce n'est qu'avec plus de présence sur le continent asiatique et avec une meilleure approche de la population locale que nous pourrons un jour faire changer les choses. Le Boycott c'est de la contestation passive qui ne fait rien avancer.

Ecrit par : Evelyne | 08 avril 2008

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